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Espoir

    On aurait pu croire qu’un tel lieu n’existât pas, ne pouvait exister. Jusqu’à ce qu’un homme ne sorte de la forêt, une fleur mauve à la main. Il est jeune, la trentaine : la fleur de l’âge, dit-on. Grand et mince, il semble frêle. Il est banal, en fait : cheveux châtains coupés court, ayant tendance à frisotter, nez proéminent, lèvres fines. Le plus saisissant chez lui est sans doute ses yeux : sous la lumière du soleil, la noisette se transforme en une nuance de vert pistache.

    Il fait quelques pas sur la plage, tourne sur lui-même, cherche, observe. Dans sa main, la fleur tourne elle aussi sous le mouvement de ses mains. L’homme ne cesse que lorsque l’un des pétales tombe au sol. L’air effrayé, il observe la fleur et inhale son odeur, soudain délicat, vérifiant qu’elle reste aussi belle et parfumée qu’avant le mauvais traitement qu’il lui avait fait subir. Puis, rassuré, il s’assoit face à la mer, face au soleil qui semble réchauffer son âme. Et, l’œil fixé sur les vagues, les cheveux décoiffés par le vent, il attend.

    L’attente. Elle semble bien moins longue, dans un tel lieu.

    Il s’est assis, et il attend, observe le soleil s’élever, atteindre son zénith, puis entamer sa descente dans le ciel. Encore une fois, un nouveau cycle s’achève, donnant vie à un autre. Le cycle de la vie, le cycle du soleil, le cycle de l’eau… le cycle de son attente.

    Il est venu, comme chaque matin, sa fleur mauve à la main, le regard plein d’espoir. Puis des heures durant, il a attendu. Mais, pourquoi cette attente quotidienne ? Que voulait-il, cet imbécile ? Se prenait-il pour un prince ? Imaginait-il qu’une princesse, évidemment très charmante, sortirait du bois et, à la vu de cette fleur, à la vu de ses yeux, se jetterait dans ses bras ?

    Quoiqu’il attende, quoi qu’il espère, il reste là. Seul. Plusieurs fois, il s’éloigne de la mer, fuyant la marée montante qui humidifie son jean. Et puis, alors que le soleil disparait peu à peu derrière l’horizon, allant réchauffer d’autres cieux, il se lève. Il est déçu, évidemment, comme chaque soir. N’en a-t-il pas assez, de ce cycle ?

    Une nouvelle fois, il retourne dans la forêt, tête basse. Seulement, ce soir-là, le cycle se brise. Une main le retient, des lèvres l’embrassent, un cœur rencontre le sien.

© Gwénaëlle Collin, All Rights Reserved

 

 

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